Dossier · Pesticides et métabolites

Pesticides dans l'eau du robinet :
ce que révèlent vraiment les analyses

Le pesticide le plus retrouvé dans l'eau française est le résidu d'un produit interdit depuis 2020. Ce que disent vraiment les chiffres, pourquoi « non conforme » ne veut pas dire « dangereux », et ce qu'on peut faire. Sans panique, avec sources.

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Maxime, créateur d'EWEO  ·   ·  Lecture ~16 min

Voici un fait qui résume assez bien le sujet : la molécule liée aux pesticides la plus souvent retrouvée dans l'eau du robinet français n'est pas un pesticide qu'on pulvérise aujourd'hui. C'est le fantôme de l'un d'eux. Un produit de dégradation du chlorothalonil, un fongicide interdit dans toute l'Union européenne depuis 2020, et pourtant présent dans plus d'un échantillon d'eau sur deux. On appelle ça un métabolite, et c'est le cœur de ce dossier.

En décembre 2025, le bilan officiel de la Direction générale de la santé a fait du bruit : en 2024, environ 28 % de la population française, soit près de 19 millions de personnes, a reçu au moins une fois une eau déclarée « non conforme » pour les pesticides. Le chiffre est spectaculaire, et il mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il est presque toujours mal compris. « Non conforme » ne veut pas dire « dangereux ». La même année, le nombre de personnes réellement invitées à ne pas boire leur eau se comptait en centaines, pas en millions. Tout le sujet tient dans l'écart entre ces deux nombres.

Ce dossier fait le point, calmement : ce qu'est un métabolite, comment ces molécules arrivent dans l'eau, ce que signifie vraiment le fameux seuil de 0,1 µg/L, où en est la France, l'histoire très instructive du chlorothalonil R471811 classé puis déclassé, ce que dit la science sur la santé, et ce qui filtre réellement les pesticides. Chaque chiffre est sourcé et vérifiable. Et disons-le d'emblée : la présence de pesticides dans l'eau est un vrai problème de politique de l'eau, mais dans l'immense majorité des cas, ce n'est pas une urgence sanitaire pour votre verre.

  • Dans l'eau, les pesticides se présentent surtout sous forme de métabolites, leurs produits de dégradation, souvent plus solubles et plus persistants que la molécule d'origine. Ils restent des années dans les nappes, parfois bien après l'interdiction du pesticide.
  • La limite réglementaire est de 0,1 µg/L par pesticide ou métabolite pertinent (0,5 pour la somme). Point capital : c'est une limite de gestion, pas un seuil sanitaire. Le vrai seuil de risque, la Vmax, est propre à chaque molécule et bien plus élevé.
  • En 2024, 28,5 % des Français (19,2 millions) ont reçu au moins une fois une eau non conforme. Mais « non conforme » n'est pas « dangereux » : seules environ 140 personnes ont fait l'objet d'une restriction de consommation.
  • La vedette, c'est le chlorothalonil R471811, présent dans plus d'un échantillon sur deux. Classé « pertinent » en 2022, puis « non pertinent » en avril 2024, ce seul reclassement a fait remonter la conformité nationale de plus de dix points. Décision contestée.
  • Côté santé, l'eau représente moins de 5 % de l'exposition alimentaire aux pesticides pour la plupart des molécules. Et « non pertinent » ne veut pas dire « sans danger prouvé » : des données manquent.
  • Pour réduire son exposition : le charbon actif et l'osmose inverse sont les plus efficaces (jusqu'à 100 % sur beaucoup de pesticides), mais aucun n'est parfait sur les métabolites les plus solubles. Une eau déjà conforme n'a besoin d'aucun filtre.
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C'est quoi, un métabolite de pesticide ?

Quand on épand un pesticide dans un champ, il ne reste pas intact éternellement. Le soleil, les bactéries du sol, l'eau et le temps le décomposent en molécules plus petites. Ces produits de dégradation, on les appelle des métabolites. Certains disparaissent vite. D'autres sont plus stables, plus solubles dans l'eau et plus mobiles que la molécule mère, si bien qu'ils traversent les sols et s'installent durablement dans les nappes phréatiques.

C'est le paradoxe central de ce sujet : dans l'eau du robinet, ce ne sont pas tant les pesticides eux-mêmes qu'on retrouve, mais leurs résidus. L'ANSES le résume clairement dans sa campagne nationale de 2023 : de manière générale, les métabolites sont plus fréquemment quantifiés dans l'eau que les substances actives dont ils proviennent. Un pesticide peut avoir été interdit il y a vingt ans et continuer, via ses métabolites, à faire dépasser les seuils aujourd'hui.

Deux exemples parlent d'eux-mêmes. La déséthylatrazine, dérivée de l'atrazine, reste l'une des substances les plus détectées dans les eaux françaises alors que l'atrazine est interdite depuis 2003. Et le chlorothalonil R471811, dérivé d'un fongicide interdit en 2019-2020, est devenu le premier responsable des dépassements. On y reviendra en détail, car son histoire est révélatrice de toute la mécanique réglementaire.

Pertinent ou non pertinent : un mot qui change tout

Tous les métabolites ne sont pas traités de la même façon. L'ANSES distingue les métabolites « pertinents » des « non pertinents ». Un métabolite est jugé pertinent, selon la méthode posée par l'agence dès 2019, « s'il y a lieu de considérer qu'il pourrait engendrer un risque sanitaire inacceptable pour le consommateur ». En clair : un métabolite pertinent est soumis à la limite stricte de 0,1 µg/L, un métabolite non pertinent à un repère plus large de 0,9 µg/L. Ce simple classement, on va le voir, pèse lourd sur les statistiques nationales.

Comment arrivent-ils dans l'eau ?

Contrairement aux PFAS, dont la pollution se concentre souvent autour de quelques sites industriels, les pesticides sont un problème diffus. Ils viennent des surfaces agricoles, un peu partout où l'on cultive, et rejoignent lentement les nappes qui alimentent une grande partie de l'eau potable française. Les zones les plus touchées sont logiquement les régions de grande culture, céréales et betterave en tête.

La persistance est la clé du problème. Une fois qu'un métabolite mobile a atteint une nappe profonde, il y reste des années, indépendamment de ce qui se passe en surface. C'est pourquoi interdire un pesticide n'efface pas sa trace dans l'eau du jour au lendemain : le stock déjà présent dans les nappes continue de circuler. L'atrazine, interdite depuis 2003, en est l'illustration la plus connue, mais le phénomène vaut pour la plupart des molécules interdites.

La protection des captages reste faible. Sur les quelque 32 900 captages d'eau potable que compte la France, seuls environ 1 150, soit un peu plus de 3 %, disposent de zones délimitées où les agriculteurs sont censés réduire l'usage des pesticides et des engrais, selon l'UFC-Que Choisir en novembre 2025. Et l'histoire longue est parlante : d'après le ministère, 14 300 captages ont été fermés entre 1980 et 2024 à cause de pollutions aux nitrates ou aux pesticides, soit près de 100 par an.

0,1 µg/L : une limite de gestion, pas un seuil sanitaire

Si vous ne deviez retenir qu'une chose de ce dossier, ce serait celle-ci. Le fameux seuil de 0,1 µg/L, que tout le monde cite dès qu'on parle de pesticides dans l'eau, n'est pas un seuil de danger. C'est une valeur de gestion, héritée d'un principe simple : dans l'eau potable, on ne veut pas de pesticides, point. Historiquement, cette limite correspond même aux capacités de détection des laboratoires du début des années 1970. Autrement dit, elle traduit une exigence de qualité, pas un calcul de risque.

0,1 µg/L
Limite de qualité, par pesticide ou métabolite pertinent
0,5 µg/L
Limite pour la somme de tous les pesticides quantifiés
0,9 µg/L
Valeur indicative pour un métabolite non pertinent (choix français)
Vmax
Le vrai seuil sanitaire, propre à chaque molécule, souvent très supérieur

Ces limites viennent de la directive européenne 2020/2184 sur l'eau potable, reprises en droit français par l'arrêté du 11 janvier 2007 modifié. Le rapport conjoint de l'IGAS, de l'IGEDD et du CGAAER, en juin 2024, le dit noir sur blanc : un dépassement de cette limite de qualité « n'est pas un indicateur de risque sanitaire ».

Alors, quel est le vrai seuil de risque ?

C'est la Vmax, la valeur sanitaire maximale, établie molécule par molécule par l'ANSES à partir des données toxicologiques disponibles. En dessous de la Vmax, la consommation de l'eau ne présente pas de risque pour la santé, y compris sur le long terme. Le bilan officiel de la Direction générale de la santé est explicite : la consommation d'une eau contenant un pesticide à une concentration inférieure ou égale à la Vmax n'entraîne aucun effet néfaste pour la santé. Et l'ordre de grandeur compte : pour l'ESA-métolachlore, par exemple, l'ANSES a fixé une Vmax de 510 µg/L, soit plus de cinq mille fois la limite de qualité de 0,1 µg/L.

Pertinent, non pertinent, dérogation : le vocabulaire qui décide de tout. Un métabolite pertinent est soumis à la limite de 0,1 µg/L. Un métabolite non pertinent relève d'un simple repère de vigilance à 0,9 µg/L, choix retenu par la France, et son dépassement n'entraîne ni non-conformité ni démarche particulière. Enfin, quand un métabolite pertinent dépasse 0,1 µg/L sans franchir la Vmax, le préfet peut accorder une dérogation temporaire (trois ans, renouvelable une fois) pour continuer à distribuer l'eau, le temps de rétablir la situation. Le Haut Conseil de la santé publique s'est d'ailleurs opposé, en janvier 2025, à ce régime de dérogations, tout en proposant de mieux tenir compte de l'incertitude de mesure.

Où en est la France ?

La photographie la plus large vient de l'ANSES. Entre 2019 et 2023, son laboratoire d'hydrologie de Nancy a mené une vaste campagne nationale, publiée en avril 2023, portant sur 157 pesticides et métabolites recherchés sur des points couvrant environ 20 % de l'eau distribuée, soit plus de 136 000 résultats. Sept composés ont dépassé la limite de 0,1 µg/L. Et un seul se détache nettement : le chlorothalonil R471811, présent dans plus de la moitié des échantillons et au-dessus de la limite dans plus d'un sur trois.

157
Pesticides et métabolites recherchés dans la campagne ANSES 2023
7
Composés dépassant 0,1 µg/L dans cette campagne
28,5 %
De la population a reçu une eau non conforme au moins une fois en 2024
~140
Personnes concernées par une restriction de consommation en 2024

Chaque année, la Direction générale de la santé publie un bilan de conformité. La tendance est nette et souvent brandie comme alarmante : la part de la population alimentée par une eau en permanence conforme est passée de 94,1 % en 2020 à 84,6 % en 2022, puis 74,7 % en 2023 et 71,5 % en 2024. En clair, en 2024, 28,5 % des Français, environ 19,2 millions de personnes, ont reçu au moins une fois dans l'année une eau non conforme.

Mais attention à l'interprétation. Cette chute ne signifie pas que l'eau s'est brutalement dégradée. Elle vient en grande partie de ce qu'on cherche davantage : depuis 2021, et surtout à partir de 2023, les agences régionales de santé ont élargi la liste des métabolites recherchés, notamment ceux du chlorothalonil et de la chloridazone. On trouve plus parce qu'on regarde mieux. C'est une bonne nouvelle pour la connaissance, même si le graphique fait peur.

Non conforme n'est pas impropre : l'écart vertigineux

Voici le chiffre qui remet tout en perspective. En 2024, pendant que 19,2 millions de personnes recevaient une eau non conforme, le nombre de personnes ayant réellement fait l'objet d'une restriction de consommation pour la boisson s'élevait à un peu plus de 140, réparties dans deux petites unités de distribution de l'Aude et de l'Yonne. Le bilan de la DGS le précise : pour la quasi-totalité de la population concernée, les dépassements sont restés limités en concentration ou dans le temps, sous la Vmax, et n'ont donné lieu à aucune restriction. La non-conformité est un signal de gestion. L'impropriété à la consommation, elle, est un signal sanitaire, et elle est rarissime.

Le cas chlorothalonil R471811

Si une seule molécule résume la complexité du sujet, c'est celle-là. Le chlorothalonil est un fongicide de contact à large spectre, longtemps utilisé sur les céréales, la vigne, les légumes et les pommes de terre. Il a été interdit dans l'Union européenne par un règlement de 2019, avec un retrait des autorisations fin 2019 et une fin d'usage au plus tard en mai 2020. Le motif était sérieux : l'EFSA ne pouvait pas exclure un risque de génotoxicité de ses résidus, et proposait de le classer cancérogène présumé. Le Centre international de recherche sur le cancer le classe pour sa part « cancérogène possible ».

Le problème, c'est que son principal métabolite, baptisé R471811, s'est révélé extraordinairement présent dans les nappes. C'est aujourd'hui le résidu de pesticide le plus fréquemment retrouvé dans l'eau du robinet français. Et c'est là que l'histoire devient instructive, parce qu'elle se joue en deux temps.

  • 2019-2020Le chlorothalonil est interdit dans l'Union européenne. Mais son métabolite R471811 est déjà installé dans les nappes.
  • Janvier 2022L'ANSES classe le R471811 métabolite « pertinent », par précaution, faute de données permettant d'exclure qu'il partage la toxicité de la molécule mère. Il est donc soumis à la limite de 0,1 µg/L.
  • Avril 2023La campagne nationale de l'ANSES révèle qu'il est le composé le plus souvent au-dessus de la limite. Mécaniquement, la conformité nationale chute.
  • 29 avril 2024Sur la base de nouvelles données, l'ANSES reclasse le R471811 « non pertinent » : il ne partage très probablement pas le mécanisme de toxicité du chlorothalonil. Son seuil de gestion passe de 0,1 à 0,9 µg/L.
  • Après avril 2024Des milliers de situations non conformes redeviennent conformes du seul fait de ce reclassement. Des préfectures abrogent leurs arrêtés de surveillance. Des associations dénoncent la décision.

L'effet sur les statistiques est spectaculaire, et c'est ce qui rend ce cas si parlant. Dans le bilan 2024, la DGS calcule les deux versions : en comptant le R471811 comme pertinent, la conformité nationale est de 71,5 % ; en le retirant, elle remonterait à 82,3 %. Le classement d'une seule molécule déplace le taux national de plus de dix points. Cela montre à quel point les chiffres de conformité dépendent de choix réglementaires, et pas seulement de l'état réel de l'eau.

Faut-il en conclure que tout va bien ? Non, et il faut être honnête sur les deux versants. D'un côté, l'ANSES estime, après examen des données disponibles, que le R471811 n'est très probablement pas dangereux aux niveaux rencontrés, et qu'elle n'a d'ailleurs pas pu lui calculer de Vmax faute de valeur toxicologique de référence claire. De l'autre, des associations comme Générations Futures soulignent qu'il subsiste des lacunes de données, notamment sur la reproduction et la cancérogénicité du métabolite lui-même, et que le principe de précaution aurait justifié de maintenir le seuil strict. Les deux lectures coexistent, et c'est justement pour ça qu'il faut connaître les faits avant de choisir sa position.

À noter : l'autre métabolite du chlorothalonil, le R417888, est resté classé « pertinent » (son potentiel génotoxique n'ayant pas été écarté) et sa recherche a été intégrée au contrôle sanitaire. Le déclassement ne concerne que le R471811.

Et la santé dans tout ça ?

C'est la vraie question, et elle mérite une réponse nuancée, ni rassuriste ni alarmiste. Commençons par ce qu'on sait de solide. La limite de 0,1 µg/L, on l'a vu, n'est pas un seuil de danger. Sous la Vmax propre à chaque molécule, l'ANSES considère qu'il n'y a pas d'effet néfaste attendu, et ces Vmax sont généralement très supérieures aux concentrations rencontrées : 88 µg/L pour le diméthénamide ESA, 110 µg/L pour le 2,6-dichlorobenzamide, 510 µg/L pour l'ESA-métolachlore. On parle de plusieurs centaines à plusieurs milliers de fois la limite de qualité.

L'eau n'est pas votre principale source d'exposition. Selon l'ANSES, l'eau du robinet est même la composante la plus contrôlée de notre alimentation, et sa contribution à l'exposition alimentaire totale aux pesticides reste inférieure à 5 % pour la grande majorité des molécules. L'essentiel de notre exposition passe par les aliments solides, pas par le verre d'eau.

Ce qu'on ignore mérite autant de franchise. « Non pertinent » ne veut pas dire « innocuité prouvée » : cela signifie qu'au vu des connaissances actuelles, on n'attend pas de risque au seuil considéré. Pour certains métabolites, des effets comme la toxicité sur la reproduction ou la cancérogénicité n'ont pas pu être évalués, faute de données. S'y ajoute une limite reconnue de toute l'évaluation réglementaire : elle se fait substance par substance, alors qu'on boit un mélange. Cet « effet cocktail » reste mal couvert par la science actuelle, et plusieurs pesticides, comme l'atrazine, sont par ailleurs des perturbateurs endocriniens reconnus.

La conclusion raisonnable n'est donc ni « c'est un poison » ni « il n'y a aucun sujet ». C'est plutôt : aux niveaux généralement rencontrés dans l'eau conforme, et même dans la plupart des cas de non-conformité, le risque sanitaire individuel est faible, mais la présence chronique de résidus de pesticides dans les nappes reste un problème collectif qui justifie de protéger la ressource et, à l'échelle du foyer, de réduire ce qui peut l'être facilement.

Vrai ou faux ?

Huit idées reçues sur les pesticides dans l'eau. Répondez, puis vérifiez.

1. Un dépassement de la limite de 0,1 µg/L rend l'eau dangereuse à boire.

Voir la réponse

Faux. C'est une valeur de gestion, sans fondement sanitaire direct. Le risque s'apprécie via la Vmax, propre à chaque molécule et bien plus élevée. Un dépassement de la limite de qualité, rappelle l'IGAS, « n'est pas un indicateur de risque sanitaire ».

2. Faire bouillir l'eau élimine les pesticides.

Voir la réponse

Faux. L'ébullition tue les micro-organismes mais ne détruit pas les pesticides. Pire, en évaporant une partie de l'eau, elle peut concentrer ces molécules dans ce qui reste.

3. Le pesticide le plus retrouvé dans l'eau du robinet française est en réalité le résidu d'un fongicide interdit depuis 2020.

Voir la réponse

Vrai. C'est le chlorothalonil R471811, métabolite d'un fongicide interdit en 2019-2020, présent dans plus d'un échantillon sur deux lors de la campagne ANSES de 2023.

4. En 2024, environ un tiers des Français ont reçu au moins une fois une eau non conforme aux pesticides.

Voir la réponse

Vrai. 28,5 %, soit environ 19,2 millions de personnes, selon le bilan de la DGS publié en décembre 2025. Mais « non conforme » ne veut pas dire « dangereux » (voir question suivante).

5. Comme 19 millions de personnes ont reçu une eau non conforme en 2024, autant ont dû cesser de la boire.

Voir la réponse

Faux. Seules environ 140 personnes, dans deux communes de l'Aude et de l'Yonne, ont fait l'objet d'une restriction de consommation. Pour tous les autres, les dépassements sont restés sous le seuil sanitaire.

6. Reclasser un seul métabolite en « non pertinent » peut changer le taux national de conformité de plus de dix points.

Voir la réponse

Vrai. En 2024, la conformité est de 71,5 % en comptant le chlorothalonil R471811, mais remonterait à 82,3 % sans lui, d'après le bilan de la DGS.

7. Une carafe filtrante garantit l'élimination des pesticides.

Voir la réponse

Faux. Ses performances sont limitées et variables. Un test de l'UFC-Que Choisir chez des particuliers a relevé une non-conformité dans deux cas sur trois. La carafe est surtout conçue pour le goût.

8. Un métabolite classé « non pertinent » est prouvé sans danger.

Voir la réponse

Faux. Cela signifie qu'on n'attend pas de risque au repère de 0,9 µg/L, mais certaines données manquent, notamment sur la reproduction et la cancérogénicité. « Non pertinent » est un jugement de gestion, pas une preuve d'innocuité.

Réduire son exposition : ce qui marche

Bonne nouvelle par rapport à d'autres polluants : les pesticides font partie des molécules que la filtration domestique traite plutôt bien. Une étude de Schreiber et ses collègues, publiée fin 2023, a testé neuf traitements résidentiels sur treize pesticides à des concentrations réalistes : le charbon actif et l'osmose inverse ont atteint jusqu'à 100 % d'élimination, tandis que les simples filtres à membrane, peu efficaces, ont été explicitement déconseillés par les auteurs.

SolutionEfficacité sur les pesticidesCe qu'il faut savoir
Osmose inverse Très élevée Rejette la plupart des pesticides à plus de 95 %, y compris beaucoup de métabolites. Rejette de l'eau, déminéralise, et retient un peu moins bien les plus petites molécules très solubles.
Charbon actif (bloc / CTO) Élevée Une des méthodes les plus efficaces : jusqu'à 98 à 99 % sur des herbicides comme le métolachlore. Plus variable sur les métabolites très solubles (57 à 68 % pour l'ESA-métolachlore). À changer à temps.
Carafe filtrante Limitée Performances variables et souvent décevantes sur les pesticides (non-conformité dans deux cas sur trois lors d'un test UFC). Surtout utile pour le goût.
Faire bouillir l'eau Inefficace Ne détruit pas les pesticides et peut les concentrer en évaporant une partie de l'eau.

Deux points de vigilance. D'abord, la certification. Pour les pesticides, la norme la plus pertinente est la NSF/ANSI 401, dédiée aux contaminants émergents, dont les herbicides métolachlore et linuron font partie. La norme NSF/ANSI 53 couvre de son côté de nombreux pesticides. Une certification vaut par contaminant : un filtre n'est pas efficace sur tout, il faut regarder ce que sa fiche revendique précisément. Ensuite, l'entretien : un charbon actif saturé perd son efficacité, il ne filtre bien que s'il est remplacé selon le calendrier du fabricant.

En toute honnêteté

Ce qu'un purificateur au charbon actif fait, et ne fait pas

EWEO conçoit un purificateur au charbon actif, certifié NSF 53 et NSF 401. Sur les pesticides, c'est plutôt une bonne nouvelle : contrairement à un polluant comme le TFA, beaucoup de pesticides et d'herbicides sont bien retenus par le charbon actif, et la norme NSF 401 vise précisément des molécules émergentes comme le métolachlore. C'est un vrai point fort de cette technologie.

La réserve, la voici : aucune technologie domestique n'est parfaite sur les métabolites les plus petits et les plus solubles (l'ESA-métolachlore, par exemple, est nettement moins bien retenu), et l'osmose inverse partage cette limite. Surtout, une eau déjà conforme n'a besoin d'aucun filtre. Le problème, c'est qu'on ne peut pas prévoir les dépassements ponctuels : ils apparaissent et disparaissent au gré des saisons agricoles et des prélèvements, sans prévenir. Notre rôle n'est pas de vous vendre une peur, mais de vous donner de quoi décider. Le premier réflexe utile, et gratuit, c'est de regarder ce que contient réellement l'eau de votre commune.

Consulter les analyses de ma commune →

Quatre situations qui éclairent le sujet

Plutôt que de dresser un palmarès anxiogène, voici quatre cas récents et documentés qui montrent, chacun à sa manière, comment le problème et sa gestion fonctionnent réellement.

Hauts-de-France

Les départements en tête

Dans les grandes régions céréalières du nord, les dépassements sont fréquents. D'après le bilan 2024 repris par la presse, environ 78 % des réseaux de l'Aisne et plus des deux tiers de ceux de l'Oise dépassent les normes pesticides. Ce sont des non-conformités de gestion, très majoritairement sans restriction de consommation.

Centre-Val de Loire

L'effet d'un reclassement

Début 2024, avec les critères d'alors, 33,4 % de la population de la région subissait des dépassements récurrents. En retirant le seul R471811, reclassé non pertinent, l'ARS calcule que la part conforme repasse au-dessus de 89 %. Le même terrain, deux photographies très différentes.

Vienne

Quand la norme change, les arrêtés tombent

Après le reclassement du R471811 en « non pertinent », la préfecture de la Vienne a abrogé les arrêtés qui imposaient de surveiller et de limiter ce métabolite dans l'eau potable. Illustration directe et concrète de l'effet d'une décision réglementaire.

Chloridazone

Des restrictions ciblées

Tout n'est pas qu'affaire de seuils. Dans les Hauts-de-France, l'ARS a prononcé des restrictions de consommation dans plusieurs communes à cause de métabolites de la chloridazone, un ancien herbicide de la betterave. Quand un seuil sanitaire est en jeu, la gestion devient concrète.

Sources : bilan DGS 2024, ARS Centre-Val de Loire, France Bleu, ARS Hauts-de-France.

Vérifier l'eau de votre commune

C'est le geste le plus utile, et il est gratuit. Les résultats du contrôle sanitaire sont publics, commune par commune, sur le portail officiel du ministère de la Santé, eaupotable.sante.gouv.fr, qui rassemble plus de 300 000 prélèvements et environ 12 millions d'analyses par an. On y cherche sa région, son département, sa commune, puis son réseau de distribution.

Comment lire la fiche ? Repérez la partie « pesticides ». La limite est de 0,1 µg/L par molécule et de 0,5 µg/L pour le total. Regardez à la fois la ligne des pesticides totaux et les métabolites individuels, comme le métolachlore ESA ou la chloridazone désphényl : un dépassement porte souvent sur une seule molécule bien identifiée. Les mêmes données alimentent l'API Hub'Eau et un jeu de données ouvert, mis à jour chaque mois, sur data.gouv.fr.

Si vous préférez une carte, deux outils rendent tout cela plus lisible : la carte associative Dans mon eau de Générations Futures, consultable par adresse, et la carte Qualité de l'eau de l'UFC-Que Choisir. Enfin, vous pouvez faire analyser votre eau vous-même dans un laboratoire accrédité COFRAC : comptez de l'ordre de 180 à 350 € pour un bilan incluant les pesticides. Pour la plupart des foyers, la consultation des données publiques suffit largement.

Questions fréquentes

Y a-t-il des pesticides dans l'eau du robinet en France ?+
Oui, et le plus souvent sous la forme de métabolites, les produits de dégradation des pesticides. En 2024, selon le bilan de la Direction générale de la santé, 28,5 % de la population (environ 19,2 millions de personnes) a reçu au moins une fois une eau déclarée non conforme aux limites pesticides. Mais non conforme ne veut pas dire dangereuse : la limite de 0,1 µg/L est un repère de gestion, pas un seuil sanitaire. La même année, seules environ 140 personnes ont fait l'objet d'une restriction de consommation pour la boisson.
Un dépassement de la limite pesticides rend-il l'eau dangereuse à boire ?+
Pas automatiquement. La limite réglementaire de 0,1 µg/L par pesticide ou métabolite pertinent est une valeur de gestion, héritée des seuils de détection des années 1970, et non un seuil de risque. Le rapport de l'IGAS de 2024 rappelle qu'un dépassement de cette limite n'est pas un indicateur de risque sanitaire. Le vrai repère sanitaire est la Vmax, propre à chaque molécule et bien plus élevée. Une restriction de consommation n'est prononcée que lorsque la Vmax est dépassée. En cas de dépassement, il faut suivre les consignes de son agence régionale de santé.
C'est quoi le chlorothalonil R471811 dont on parle partout ?+
C'est le métabolite le plus fréquemment retrouvé dans l'eau du robinet française : présent dans plus d'un échantillon sur deux, et au-dessus de 0,1 µg/L dans plus d'un sur trois lors de la campagne nationale de l'ANSES publiée en avril 2023. C'est un produit de dégradation du chlorothalonil, un fongicide interdit dans l'Union européenne depuis 2019-2020. Classé métabolite pertinent en janvier 2022, il a été reclassé non pertinent le 29 avril 2024 par l'ANSES, ce qui a fait passer son seuil de gestion de 0,1 à 0,9 µg/L. Cette décision, qui a mécaniquement fait remonter le taux de conformité national de plus de dix points, est contestée par des associations.
Quelle différence entre une eau non conforme et une eau impropre à la consommation ?+
Une eau non conforme dépasse une limite de qualité réglementaire (par exemple 0,1 µg/L pour un pesticide), le plus souvent sans risque sanitaire, de façon limitée en concentration ou dans le temps. Une eau impropre à la consommation dépasse un seuil sanitaire (la Vmax), ce qui déclenche une restriction de consommation et l'information de la population. En 2024, environ 19,2 millions de personnes ont reçu une eau non conforme, mais seules environ 140 ont été concernées par une restriction de boisson.
Un filtre à eau élimine-t-il les pesticides ?+
Le charbon actif et l'osmose inverse sont les deux méthodes domestiques les plus efficaces. Une étude de Schreiber et al. (2023-2024) portant sur 13 pesticides a mesuré jusqu'à 100 % d'élimination pour ces deux techniques, alors que les simples filtres à membrane ont été déconseillés. L'efficacité reste variable selon la molécule : le charbon actif retient très bien des herbicides comme le métolachlore (98 à 99 %) mais moins bien certains métabolites très solubles comme l'ESA-métolachlore (57 à 68 %). Pour les pesticides, il faut chercher une certification NSF/ANSI 401, dédiée aux contaminants émergents. Une carafe filtrante offre des performances limitées et variables, et faire bouillir l'eau est inefficace, voire contre-productif.
Comment savoir si l'eau de ma commune contient des pesticides ?+
Les résultats du contrôle sanitaire sont publics, commune par commune, sur le site du ministère de la Santé (eaupotable.sante.gouv.fr), avec plus de 300 000 prélèvements et environ 12 millions d'analyses par an. Repérez la ligne des pesticides : la limite est de 0,1 µg/L par molécule et de 0,5 µg/L pour le total, et il faut regarder aussi les métabolites individuels. Des cartes facilitent la lecture, comme Dans mon eau de Générations Futures ou la carte Qualité de l'eau de l'UFC-Que Choisir. Vous pouvez aussi faire analyser votre eau dans un laboratoire accrédité COFRAC, en comptant de l'ordre de 180 à 350 € pour un bilan pesticides.

Toutes les sources

Ce dossier s'appuie exclusivement sur des sources publiques et vérifiables. Voici les principales, regroupées par thème.

Réglementation et seuils

  1. Arrêté du 11 janvier 2007 relatif aux limites et références de qualité des eaux (limites 0,1 et 0,5 µg/L), modifié : legifrance.gouv.fr
  2. Directive (UE) 2020/2184 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine : eur-lex.europa.eu
  3. ANSES, méthode d'appréciation de la pertinence des métabolites (avis EAUX2021SA0205) : anses.fr
  4. HCSP, avis du 16 janvier 2025 sur les métabolites de pesticides dans l'eau potable : hcsp.fr

État des lieux et chiffres France

  1. ANSES, campagne nationale de mesure des polluants émergents dans l'eau potable (6 avril 2023) : anses.fr
  2. Direction générale de la santé, bilan de la qualité de l'eau vis-à-vis des pesticides, données 2024 (décembre 2025) : sante.gouv.fr
  3. Rapport IGAS / IGEDD / CGAAER sur les risques liés aux pesticides dans l'eau (juin 2024) : igas.gouv.fr
  4. UFC-Que Choisir, campagne « La goutte de trop » (18 novembre 2025) : quechoisir.org
  5. Vie-publique, captages fermés 1980-2024 (déclaration ministérielle du 5 mars 2025) : vie-publique.fr
  6. ARS Centre-Val de Loire, effet du reclassement du R471811 : centre-val-de-loire.ars.sante.fr
  7. ARS Hauts-de-France, restrictions liées aux métabolites de la chloridazone : hauts-de-france.ars.sante.fr
  8. France Bleu, abrogation des arrêtés en Vienne après le reclassement : francebleu.fr

Chlorothalonil, métabolites et santé

  1. Règlement d'exécution (UE) 2019/677, non-renouvellement du chlorothalonil : eur-lex.europa.eu
  2. EFSA, conclusions sur le chlorothalonil (EFSA Journal 2018;16(1):5126) : doi.org
  3. ANSES, reclassement du R471811 en « non pertinent » (avis du 29 avril 2024) : anses.hal.science
  4. ANSES, valeurs sanitaires maximales (Vmax) des métabolites (avis 2021-SA-0020-a) : anses.fr
  5. ANSES, contribution de l'eau à l'exposition alimentaire aux pesticides (via ARS Grand Est) : grand-est.ars.sante.fr
  6. Générations Futures, position sur le déclassement du R471811 : generations-futures.fr

Filtration et vérification

  1. Schreiber et al., élimination des pesticides par les traitements résidentiels (Environmental Pollution, 2024) : pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
  2. Adsorption du métolachlore et de ses métabolites sur charbon actif (Applied Sciences, 2021) : mdpi.com
  3. NSF/ANSI 401, contaminants émergents (métolachlore, linuron) : nsf.org
  4. NSF/ANSI 42, 53 et 401, périmètre des normes de filtration : nsf.org
  5. UFC-Que Choisir, test des carafes filtrantes : eau-tnm.fr
  6. ARS Normandie, l'ébullition et les pesticides : normandie.ars.sante.fr
  7. Portail officiel du contrôle sanitaire de l'eau, commune par commune : eaupotable.sante.gouv.fr
  8. Données ouvertes du contrôle sanitaire (data.gouv.fr) et API Hub'Eau : data.gouv.fr · hubeau.eaufrance.fr

Dossier publié le 14 juillet 2026 par Maxime Armani, créateur d'EWEO. Données à jour à cette date (les chiffres de conformité et les classements de métabolites évoluent). Réutilisation libre avec citation et lien vers eweo.fr/pesticides-eau-robinet.